La QVT pour les mamans, c’est pour quand ?

Le 3 octobre, à l’occasion de la semaine de l’égalité femmes-hommes, la CGT-cadres (Ugict-CGT) a lancé une campagne de sensibilisation en faveur d’une catégorie de salariés dont on parle peu : les mères. Sous le hashtag #viedemere, les internautes sont invités à partager les « petites phrases » entendues dans leur entreprise à propos d’employées enceintes ou ayant des enfants. Le résultat est éloquent sur le chemin à parcourir avant que les mamans ne bénéficient, un jour, d’une QVT aussi satisfaisante que les autres populations de l’entreprise.

Être enceinte, cette erreur professionnelle ?

« Êtes-vous enceinte ? » Bien que banale en entretien d’embauche, cette question est illégale et la poser constitue une discrimination. Difficile pourtant de n’y pas répondre si l’on veut le job, et certaines font délibérément le choix de mentir. Peut-être ces candidates ont-elles quelques excuses pour agir ainsi, comme nous le montrent ces phrases relevées sur le site vdemere.fr.

« Vous avez 1 bon profil, mais vous avez 30 ans et pas d’enfant. On ne peut pas prendre le risque d’1 grossesse. »

Cette sentence a ceci de remarquable que l’employeur ne cherche même pas à savoir si son interlocutrice est enceinte ou a l’intention de l’être un jour. À défaut d’être légal, car la discrimination est ici clairement constituée, le propos a le mérite – c’est bien le seul – de la franchise. Quant à la QVT, inutile d’en parler puisqu’il n’est même pas question d’emploi !

« Je vous laisse encore en CDD, si je vous passe en CDI vous allez faire un enfant comme toutes les autres »

La franchise est à nouveau de mise, et le fond de la pensée de l’employeur asséné avec un culot qui force l’admiration. Un CDI, lorsqu’il succède à un CDD, vient en général couronner une collaboration fructueuse. Ce changement de statut récompense théoriquement l’implication et l’engagement d’un salarié, et valide en même temps la qualité de son travail. Le conditionner au fait de n’avoir pas d’enfant s’apparente à un chantage, ce qui ne pourra jamais constituer un principe de management acceptable et nuira à l’entreprise, a minima en termes de réputation employeur.

Revenir de congé maternité : retour perdant ?

« Comme tu le vois, personne n’est irremplaçable »

Cette aimable façon d’accueillir une salariée de retour de congé maternité pour sa première réunion importante résume la problématique de la reprise pour les mères. Il est courant qu’une salariée ne retrouve pas le poste qu’elle occupait, ni même un poste équivalent. Si la personne qui la remplaçait s’est acquittée avec succès de ses tâches, son retour est souvent perçu comme un problème à résoudre. Là où une politique de QVT se traduirait par un dialogue constructif pour redémarrer la collaboration dans les meilleures conditions possibles pour l’employeur et la salariée, celle dernière risque de voir son évolution de carrière stoppée, ou d’être pénalisée dans son évaluation annuelle.

Terminons sur ce thème avec trois citations. Il s’agit de réponses à des salariées annonçant leur grossesse :

« Vous comptez le garder ? »

« La prochaine, on l’embauche ménopausée ! »

« On vous a embauché car comme vous avez un cancer il y a de fortes chances que vous soyez stérile… Et ben non, perdu ! »

Ne cherchons pas à commenter l’incommentable et rappelons ce chiffre : d’après une enquête réalisée en 2013, 42% des femmes enceintes ont peur d’annoncer leur grossesse à leur patron. Toutes les entreprises, y compris celles qui ont mis en place une politique de QVT, devraient y réfléchir.

S’occuper de ses enfants ? Quelle drôle d’idée !

La salariée qui a des enfants est-elle mieux vue que celle qui est enceinte ? À l’examen des citations qui suivent, rien n’est moins sûr.

“Encore une qui va vouloir prendre ses mercredis”

Ce commentaire appelle au moins trois remarques. La première est qu’il s’agit là d’un préjugé ne correspondant pas à la réalité. Combien d’enfants ne sont-ils pas, en effet, inscrits dans les centres de loisirs municipaux tous les mercredis ? La seconde est qu’il n’est pas interdit à une salariée de poser ses RTT le mercredi plutôt qu’un autre jour. Enfin, troisième remarque : une organisation bien conçue pour une partie seulement des salariés, et non pour tous, n’est pas une organisation bien conçue. Non seulement des solutions existent – aménagement des horaires, télétravail, crèches d’entreprises dans les grands groupes – mais elles ont été éprouvées dans nombre d’entreprises.

« Si on ne fait plus de réunions à 18h, on travaille quand ? »

« De 9h à 18h » est sans doute la meilleure réponse à donner à cette question si celle-ci a été posée dans une entreprise censée être régie par des horaires de bureau classiques. On supposera ici que l’employée est cadre dans une organisation où le degré d’engagement se mesure au nombre d’heures effectuées au-delà de l’heure « normale » de départ, ce qui est évidemment ridicule, mais reste une pratique très courante en France. Notons au passage qu’au Royaume-Uni, quitter le travail tard n’est pas perçu comme une marque d’engagement mais comme un manque d’efficacité. Quoi qu’il en soit, exiger une présence physique à des horaires dont on sait qu’ils sont particulièrement incommodes pour une catégorie de salariés est le contraire d’un management moderne, et se situe à l’opposé des attentes des salariés et des réalités de l’entreprise aujourd’hui.

Au-delà de la seule misogynie, bien des réflexions de dirigeants ou supérieurs hiérarchiques témoignent de la non-prise en considération, en entreprise, d’un élément de vie capital d’une vaste catégorie de collaboratrices. La recherche et la mise en place de solutions permettant aux mères d’assumer leur activité professionnelle aussi bien que possible malgré les impératifs maternels sont des préalables incontournables à leur bien-être au travail. Ne pas le comprendre et l’accepter, c’est exclure de la QVT toute une population de l’entreprise, avec tous les dommages que cela implique : pour le bien-être des salariés, pour la RSE (responsabilité sociale de l’entreprise), pour la marque employeur et, ce n’est pas le moins important, pour la productivité de l’entreprise.